Cinq ans après le coup d’état au Mali : le bilan inquiétant du régime de Goïta

cinq ans après le coup d’état au Mali : le bilan inquiétant du régime de Goïta

Il y a cinq ans jour pour jour, le général Assimi Goïta renversait le pouvoir au Mali, marquant le début d’une transition militaire aussi controversée que difficile. Depuis ce putsch du 24 mai, la situation du pays n’a cessé de se dégrader, selon les observateurs les plus proches du terrain. Entre insécurité persistante, répression accrue et impuissance face aux groupes armés, les Maliens paient le prix fort d’une gouvernance sous tension.

Photo d'archives : Assimi Goïta en 2020

Une répression qui étouffe la liberté d’expression

La liberté d’expression et la liberté de la presse au Mali ont subi un recul sans précédent ces dernières années. Si des débats animés restent possibles dans l’intimité, la prudence s’est imposée comme règle. Les voix critiques, autrefois nombreuses, sont aujourd’hui réduites au silence : emprisonnements, exil, ou autocensure généralisée. Le gouvernement, sous la direction d’Assimi Goïta, n’hésite plus à museler toute opposition, y compris au sein des sphères politiques traditionnelles.

L’insécurité, un fléau qui résiste

L’objectif affiché en 2020 était clair : éradiquer les groupes djihadistes. Pourtant, cinq ans plus tard, la réalité est tout autre. Le Jnim et l’État islamique contrôlent toujours des pans entiers du territoire, notamment dans le nord. Les attaques coordonnées de fin avril, combinant forces djihadistes et rebelles touaregs, ont marqué un tournant. Bamako a été directement visée, et l’État, bien que maintenu en place, a subi une perte de prestige majeure. Personne n’avait anticipé une telle escalade, pas même les mercenaires russes, dont le retrait précipité de villes clés comme Kidal a révélé leurs limites.

Le FLA s'est accaparé de Kidal fin avril.

L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, réunis sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel, affichent une unité politique indéniable. Pourtant, leur soutien concret reste largement symbolique. Le Niger et le Burkina Faso, eux-mêmes en proie à des crises internes, n’ont pu apporter qu’un appui limité, principalement aérien. Leur engagement militaire s’est avéré bien moins efficace que prévu, laissant le Mali face à ses défis en première ligne.

Cette coopération régionale, bien que prometteuse sur le papier, se heurte à des réalités bien plus prosaïques : pauvreté extrême, manque de ressources et priorités concurrentes. Les trois pays, malgré leur idéologie commune, peinent à traduire leurs ambitions en actions concrètes. Leur soutien se limite souvent à des déclarations politiques, loin d’une véritable coordination sécuritaire.

Sont très proches idéologiquement : Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traore

Un dialogue avec les djihadistes : une piste envisageable ?

Face à l’impasse militaire, certains experts envisagent désormais l’hypothèse d’un dialogue avec les groupes djihadistes modérés. Le Jnim, bien que radical, n’est pas perçu comme une force étrangère cherchant à imposer un ordre extérieur. Il s’agirait plutôt de groupes locaux exploitant les failles de l’État, notamment l’accès à l’eau, à la terre et aux ressources. Une approche inspirée de ce qui a été tenté en Mauritanie, où des compromis locaux ont permis de stabiliser certaines zones.

Cependant, cette solution reste délicate. Les Maliens, notamment à Bamako, rejettent massivement l’idée d’une application stricte de la charia. Ils craignent aussi que toute concession ne soit interprétée comme une faiblesse, encourageant les groupes armés à intensifier leurs revendications. Pourtant, l’absence d’alternative crédible pousse à envisager des pistes jusqu’ici taboues.

L'accès à l'eau est particulièrement difficile dans certaines régions du Mali. Photo d'illustration avec le lac de Faguibine asséché dans la région du Tombouctou.

Le soutien ambigu de la population

Malgré les critiques, une partie de la population malienne continue de soutenir le gouvernement d’Assimi Goïta. Les raisons sont simples : face à l’alternative djihadiste ou au retour des anciennes élites corrompues, liées à l’Europe, le régime actuel apparaît comme le moindre mal. Les jeunes, souvent mal informés et exposés à la propagande, restent majoritairement acquis à sa cause, d’autant que les réseaux sociaux amplifient cette perception.

Les manifestations de mécontentement restent rares, même après des crises majeures comme le blocus de Bamako. Les Maliens, résignés, semblent avoir perdu foi dans les promesses politiques. Les partis traditionnels, discrédités par des années de mauvaise gouvernance, n’ont plus la capacité de mobiliser. Dans ce contexte, le gouvernement actuel pourrait bien se maintenir, malgré l’absence de solutions tangibles.

Vue de Bamako après les attaques menées par les rebelles touareg et le Jnim fin avril.

Une transition sans issue en vue ?

Cinq ans après le putsch, le bilan est accablant. L’insécurité s’est généralisée, la répression a muselé l’opposition, et le dialogue avec les groupes armés reste hors de portée. Les alliances régionales, bien que symboliquement fortes, peinent à se traduire en actions concrètes. Face à cette impasse, seule une refonte profonde de la gouvernance pourrait offrir une issue. Pourtant, avec une jeunesse en quête de repères et une économie exsangue, le Mali semble condamné à naviguer entre crises et incertitudes.

Dans ce tableau sombre, une lueur subsiste : la population malienne, dans sa majorité, rejette l’extrémisme religieux. Mais sans une volonté politique forte et une stratégie claire, le risque est grand de voir le pays s’enliser davantage dans le chaos.